Ouvrir un bar : les 12 étapes, dans le bon ordre
Ouvrir un bar, ce n’est pas une grande décision. C’est une centaine de petites, prises dans le bon ordre. Signer un bail avant d’avoir vérifié les zones protégées, commander une tireuse avant d’avoir l’accord de la banque, déclarer l’ouverture trois jours avant la soirée d’inauguration : chaque erreur d’ordre coûte des semaines ou des milliers d’euros. Nous tenons un bar en Gironde et nous avons vu ces erreurs de près. Voici les douze étapes, dans l’ordre où il faut les franchir, avec le temps qu’elles prennent en pratique.
Le calendrier réaliste, avant tout
La question qu’on nous pose le plus : « Combien de temps entre l’idée et le premier verre servi ? » La réponse honnête, c’est rarement moins de huit mois. Voici des ordres de grandeur, à ajuster selon votre ville et votre projet.
| Phase | Durée habituelle (ordre de grandeur) | Ce qui la fait déraper |
|---|---|---|
| Concept et étude de terrain | 1 à 3 mois | Rester au stade de l’idée sans compter les clients potentiels |
| Business plan et prévisionnel | 3 à 6 semaines | Des hypothèses de chiffre d’affaires trop optimistes |
| Recherche du local | 2 à 6 mois | Un emplacement en zone protégée, un bail qui interdit le débit de boissons |
| Financement | 1 à 3 mois | Un apport insuffisant, un dossier incomplet |
| Création de la société | 1 à 3 semaines | Des statuts rédigés sans penser à l’entrée d’un associé |
| Travaux et aménagement | 1 à 4 mois | L’extraction, l’accessibilité, les délais des artisans |
| Formalités d’ouverture | au moins 15 jours avant l’ouverture | Un permis d’exploitation passé trop tard |
Certaines phases se chevauchent : vous pouvez passer le permis d’exploitation pendant que vous cherchez le local. D’autres non : pas de travaux sans financement signé. Pour ne rien oublier, notre checklist d’ouverture datée recalcule chaque échéance à partir de votre date cible.
Étape 1 : poser le concept
Bar de quartier, bar à vins, bar à bières, bar à cocktails, bar-restaurant : le concept décide de tout le reste. De la licence dont vous aurez besoin, de la surface, du matériel, des horaires et du ticket moyen. Un bar à cocktails vit le soir et tard. Un bar de quartier vit du café du matin et de l’apéritif. Ce ne sont pas les mêmes métiers.
Écrivez votre concept en trois lignes : pour qui, à quelle heure, à quel prix. Si vous n’y arrivez pas, il n’est pas prêt.
Étape 2 : aller sur le terrain
L’étude de marché d’un bar se fait à pied. Passez devant les emplacements qui vous intéressent à 8 h, à 12 h, à 18 h et à 22 h, en semaine et le week-end. Comptez les passants. Entrez chez les concurrents, regardez leurs prix, leur remplissage, leur clientèle. Demandez en mairie les projets d’urbanisme du quartier : un chantier de deux ans devant votre porte, ça se sait à l’avance.
Étape 3 : chiffrer le projet
Le prévisionnel répond à trois questions : combien faut-il investir, combien faut-il vendre par jour pour couvrir les charges, et combien de trésorerie faut-il pour tenir les premiers mois. Le reste du business plan (présentation, marché, stratégie) sert à rendre ces chiffres crédibles.
Notre simulateur gratuit calcule l’investissement, le prêt, le point mort et la trésorerie à partir de vos propres hypothèses. Pour voir à quoi ressemble un dossier complet, consultez notre exemple de business plan chiffré.
Étape 4 : vérifier l’emplacement avant de s’engager
Avant même de négocier, trois vérifications :
- Les zones protégées. Un arrêté préfectoral fixe des distances autour des écoles, hôpitaux, stades, lieux de culte et autres établissements. Un local à l’intérieur d’un périmètre peut être inexploitable pour un débit de boissons. Demandez l’arrêté à la mairie ou à la préfecture.
- La destination du bail. La clause d’activité doit autoriser le débit de boissons, et la restauration si vous servez à manger.
- Le règlement de copropriété. Certains interdisent les activités bruyantes ou les nuisances olfactives. Une hotte refusée, c’est une cuisine impossible.
Étape 5 : créer ou reprendre
Vous pouvez reprendre un fonds de commerce existant, avec sa clientèle et souvent sa licence, ou partir d’un local nu avec un droit au bail. La reprise va plus vite et s’appuie sur un historique de chiffre d’affaires. La création coûte parfois moins cher mais part de zéro. Si vous hésitez, lisez notre guide pour reprendre un bar : il détaille les vérifications à faire sur les comptes et le bail.
Étape 6 : trouver le financement
Pour un débit de boissons, les banques attendent en général 25 à 30 % d’apport. Cet apport peut être renforcé par un prêt d’honneur (Initiative France, Réseau Entreprendre), à taux zéro et accordé à titre personnel. Une garantie Bpifrance peut aussi couvrir une partie du prêt bancaire. Déposez votre dossier dans deux ou trois banques en parallèle : les réponses prennent des semaines.
Étape 7 : créer la société
SARL, EURL, SAS ou SASU : le choix dépend surtout du nombre d’associés, de votre protection sociale et de la façon dont vous voulez vous rémunérer. La micro-entreprise convient mal à un bar, parce qu’elle ne permet pas de déduire les investissements et que le stock et les charges pèsent lourd. Un expert-comptable du secteur vous fera gagner du temps sur ce choix.
Étape 8 : passer le permis d’exploitation
Tout exploitant d’un débit de boissons doit suivre une formation de 20 heures (6 heures si vous justifiez de 10 ans d’expérience dans le métier). Le permis est valable 10 ans et se renouvelle par une formation de 6 heures. Les sessions se remplissent : inscrivez-vous dès que le projet est sérieux.
Si vous servez à manger, au moins une personne de l’équipe doit avoir suivi la formation hygiène alimentaire de 14 heures.
Étape 9 : obtenir la bonne licence
Licence III pour le vin, la bière, le cidre et les boissons des groupes 1 et 3. Licence IV pour tout, spiritueux compris. Aucune licence IV ne se crée plus : il faut en racheter une et déclarer son transfert. Si elle vient d’une autre commune, le préfet doit autoriser le transfert. Pour savoir laquelle vous correspond, faites notre test licence III ou IV, puis lisez le guide quelle licence pour ouvrir un bar.
Étape 10 : faire les travaux et les mises aux normes
Un bar est un établissement recevant du public. Les travaux d’aménagement passent par une autorisation de travaux (Cerfa n° 13824), qui vérifie l’accessibilité et la sécurité incendie. Prévoyez aussi l’électricité, la ventilation, l’évacuation des eaux et, si vous cuisinez, l’extraction. Si vous voulez une terrasse sur le trottoir, il vous faut une autorisation d’occupation du domaine public, délivrée par la mairie.
Étape 11 : déclarer l’ouverture
La déclaration d’ouverture se fait avec le Cerfa n° 11542, en mairie (à Paris, à la préfecture de police), au moins 15 jours avant d’ouvrir. Vous recevez un récépissé, le Cerfa n° 11543, à conserver dans l’établissement. Si vous manipulez des denrées animales, déclarez aussi votre activité à la DDPP avec le Cerfa n° 13984. Et si vous diffusez de la musique, pensez à la SACEM et à la SPRE.
Étape 12 : préparer l’exploitation
Les dernières semaines servent à ce que personne ne voit : choisir les fournisseurs, fixer les prix, paramétrer la caisse, recruter et former, tester le service à vide. Faites une soirée d’essai avec vos proches avant l’ouverture officielle. Vous découvrirez que le lave-verres est mal placé ou que la carte est trop longue, et vous aurez encore le temps de corriger.
Les trois erreurs d’ordre les plus coûteuses
- Signer un bail avant d’avoir vérifié l’arrêté sur les zones protégées.
- Engager des travaux avant d’avoir l’offre de prêt signée.
- Réserver le permis d’exploitation au dernier moment, alors que la déclaration d’ouverture en dépend.
Aucune de ces étapes n’est insurmontable. Ce qui fait échouer un projet, c’est rarement une étape ratée, c’est un ordre bousculé et une trésorerie trop courte. Prenez le temps de chiffrer, vérifiez l’emplacement avant tout, et gardez de la marge sur le calendrier.
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