Quel budget pour ouvrir un bar ?
« Combien faut-il pour ouvrir un bar ? » La réponse qui circule, c’est « entre 50 000 et 300 000 euros ». Elle est vraie et elle ne sert à rien. Ce qui vous aide, c’est de savoir quels postes composent ce montant, lesquels vous pouvez réduire et lequel vous ne devez surtout pas rogner. Nous avons refait ce calcul pour notre propre bar et nous le refaisons avec chaque porteur de projet. Voici la méthode, avec des ordres de grandeur et un exemple complet.
Les postes, un par un
Le tableau suivant donne des fourchettes observées pour un bar de taille modeste (40 à 80 m² de salle) hors grandes métropoles. Ce sont des ordres de grandeur, pas des devis : votre ville, l’état du local et vos choix d’aménagement peuvent les faire bouger fortement.
| Poste | Ordre de grandeur | Remarque |
|---|---|---|
| Fonds de commerce ou droit au bail | 20 000 à 150 000 € | Le poste le plus variable, lié à l’emplacement |
| Licence IV achetée seule | quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros | Souvent incluse dans un fonds de commerce |
| Droits d’enregistrement | selon le prix, voir le calcul plus bas | Dus sur la cession du fonds ou du droit au bail |
| Travaux et mises aux normes | 10 000 à 80 000 € | Accessibilité, électricité, ventilation, comptoir |
| Matériel de bar | 15 000 à 40 000 € | Froid, lave-verres, machine à café, petit matériel |
| Mobilier et décoration | 5 000 à 25 000 € | Tables, chaises, tabourets, éclairage |
| Caisse et logiciel | 1 000 à 3 000 € | À choisir avec le logiciel de suivi des stocks |
| Stock de départ | 3 000 à 8 000 € | Boissons, cafés, consommables |
| Dépôt de garantie | souvent 2 à 3 mois de loyer | Immobilisé pendant tout le bail |
| Création de société, formations, honoraires | 2 000 à 6 000 € | Statuts, annonce légale, permis d’exploitation, comptable |
| Enseigne et communication | 2 000 à 8 000 € | Signalétique, photos, soirée d’ouverture |
| Trésorerie de départ | 3 à 6 mois de charges fixes | Le poste qui sauve les projets |
Le fonds ou le droit au bail
Reprendre un bar existant, c’est payer un fonds de commerce : la clientèle, le droit au bail, le matériel, souvent la licence. Partir d’un local vide, c’est payer seulement un droit au bail, parfois rien si le local est neuf, mais tout le reste est à construire. Le guide pour reprendre un bar explique comment juger si le prix demandé tient la route.
Les deux chemins n’ont pas le même profil de dépenses. Une reprise concentre l’argent sur le prix du fonds, avec peu de travaux si le bar est en bon état. Une création dépense peu à l’entrée mais beaucoup en aménagement, en matériel et en licence, et elle démarre sans clientèle : la trésorerie de départ doit donc être plus épaisse. Comparez toujours les deux sur le montant total, pas sur le seul prix d’entrée.
Les droits d’enregistrement, souvent oubliés
Quand vous achetez un fonds de commerce ou un droit au bail, l’État prélève des droits d’enregistrement, calculés par tranches :
- 0 % jusqu’à 23 000 € ;
- 3 % entre 23 000 et 200 000 € ;
- 5 % au-delà de 200 000 €.
Exemple : pour un fonds acheté 120 000 €, les premiers 23 000 € ne sont pas taxés. Les 97 000 € suivants le sont à 3 %, soit 2 910 €. Ajoutez-les au budget dès le départ : ils se paient à la signature, pas plus tard.
Les travaux
Un bar est un établissement recevant du public. Les travaux d’aménagement passent par une autorisation (Cerfa n° 13824) qui contrôle l’accessibilité et la sécurité incendie. C’est souvent là que les budgets explosent : une rampe d’accès, un sanitaire aux normes, une extraction à refaire. Faites chiffrer par deux artisans avant de signer le bail, pas après.
Le matériel : où économiser sans regretter
Certains équipements peuvent être d’occasion sans risque : mobilier, verrerie, étagères. D’autres méritent du neuf ou un reconditionné garanti : le lave-verres, le froid, la machine à café. Une panne de froid un samedi soir coûte plus cher que la différence de prix. Pour la tireuse, beaucoup de brasseurs la fournissent contre un contrat d’approvisionnement. Lisez bien la durée d’engagement et les volumes minimums avant de signer.
La trésorerie de départ : ne pas la sacrifier
Un bar ne tourne pas à plein dès la première semaine. Pendant plusieurs mois, le chiffre d’affaires monte doucement pendant que le loyer, les salaires, l’énergie et les remboursements tombent à date fixe. La trésorerie de départ couvre cet écart. Sans elle, un bon concept peut fermer avant d’avoir trouvé sa clientèle.
Notre règle : prévoir au minimum trois mois de charges fixes, idéalement six. Si le budget ne passe pas, réduisez les travaux ou la décoration. Jamais la trésorerie.
Un exemple complet
Prenons un projet fictif, présenté pour illustrer la méthode : la reprise d’un petit bar de quartier avec licence IV incluse, dans une ville moyenne, loyer de 1 500 € par mois.
| Poste | Montant |
|---|---|
| Fonds de commerce (licence IV incluse) | 90 000 € |
| Droits d’enregistrement (3 % de 67 000 €) | 2 010 € |
| Travaux de rafraîchissement et mise aux normes | 20 000 € |
| Matériel complémentaire | 8 000 € |
| Mobilier et décoration | 6 000 € |
| Stock de départ | 5 000 € |
| Dépôt de garantie (3 mois) | 4 500 € |
| Frais de création, formations, honoraires | 4 500 € |
| Communication et ouverture | 3 000 € |
| Trésorerie de départ (4 mois de charges fixes à 7 000 €) | 28 000 € |
| Total | 171 010 € |
Avec 25 à 30 % d’apport, ce qu’attendent en général les banques pour un débit de boissons, il faudrait réunir entre 43 000 et 51 000 € environ. On voit tout de suite que la trésorerie de départ pèse lourd. C’est normal, et c’est justement ce qu’un banquier sérieux veut voir.
Les oublis qui reviennent le plus souvent
- Les droits d’enregistrement sur la cession.
- Le dépôt de garantie, qui ne revient qu’à la fin du bail.
- La TVA sur les travaux et le matériel, à avancer avant de la récupérer.
- Les assurances, à souscrire avant l’ouverture.
- Les droits SACEM et SPRE si vous diffusez de la musique.
- L’autorisation de terrasse, souvent soumise à redevance.
Comment financer ce budget
Le schéma habituel combine un apport personnel, un prêt bancaire et, souvent, un prêt d’honneur (Initiative France, Réseau Entreprendre) qui renforce l’apport à taux zéro. Une garantie Bpifrance peut couvrir une partie du prêt. Si votre apport est léger, notre guide pour ouvrir un bar sans apport détaille les leviers réalistes.
Chiffrer votre propre projet
Les fourchettes ci-dessus donnent une idée. Votre banquier, lui, voudra vos chiffres. Entrez vos montants dans notre simulateur gratuit : il calcule l’investissement total, la mensualité, le point mort et la trésorerie mois par mois. Pour voir à quoi ressemble un plan de financement présenté à une banque, consultez notre exemple de business plan chiffré.
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